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Source : Le Figaro Immobilier

Pour respecter la distanciation sociale, l’immobilier d’entreprise va devoir se réinventer. Un réaménagement des bureaux sera nécessaire.

C’est entendu: il y aura un avant et un après-coronavirus. La vie au bureau n’y échappera pas. Déjà, les entreprises songent à repenser l’aménagement de leurs locaux. Pour l’heure, la priorité est ailleurs. Actuellement, l’urgence est au déconfinement et au retour progressif des salariés au travail. Certains vont en effet retourner au bureau quand d’autres continueront de télé-travailler, avant un retour à la normale dans plusieurs semaines voire mois. Le ministère du Travail vient de dévoiler le protocole de déconfinement que devront respecter les entreprises. Ainsi, chaque salarié devra pouvoir évoluer dans un minimum de 4 m2 dans tous les lieux de l’entreprise (couloirs, cantine, cafétéria…) et un open space de 100 m2 ne pourra pas accueillir plus de 25 salariés.

En attendant, les bureaux resteront partiellement remplis. «Pour dégager des marges financières avec la moitié des salariés en télétravail, les entreprises devront forcément songer à redimensionner leurs espaces et repenser leur stratégie immobilière», affirme Rémi Calvayrac, head of workplace & design chez JLL, spécialisée dans le conseil en immobilier d’entreprise. Et de préciser: «Plusieurs entreprises du CAC 40 ont des projets de siège en cours qui vont nécessairement se voir transformés.»

À quoi pourraient ressembler ces nouveaux espaces? «Nous pouvons imaginer que les bulles de silence se multiplieront. Le confinement a mis en exergue le fait que certains salariés ne parvenaient pas à se concentrer au bureau», analyse Flore Pradère, directrice veille & prospective bureaux de demain chez JLL. Mais pas que.

Car le travail à distance a également ses limites, en cela qu’il fragilise les liens de socialisation. «Être côte à côte améliore la spontanéité, permet de confronter les idées… D’où l’importance de créer de plus en plus d’espaces collaboratifs tout en respectant les mesures sanitaires qui devront être plus strictes», déclare Flore Pradère. Chez JLL, on les appelle les «hubs & clubs». «Hub» pour le point de rencontre entre les forces vives de l’entreprise et «club» pour la socialisation et le partage des valeurs et de l’ADN de l’entreprise. À l’image des espaces de coworking qui ne cessent de se développer en France.

Mais allier partage et protection contre un virus n’est pas une sinécure. D’où l’importance de «mutualiser les espaces». Dit autrement d’instaurer, à l’instar des écoles, des rotations entre salariés et une alternance entre télétravail et travail au bureau. Est-ce la fin des open spaces? «C’est sûr qu’il sera difficile à l’avenir de conserver des bureaux privilégiant la densité et où nous nous retrouvons collés les uns aux autres. L’idée c’est d’avoir moins de monde au bureau et plus de m² par salarié grâce à des espaces agiles et reconfigurables», précise Rémi Calvayrac.

Une reconfiguration où le digital aura toute sa place et devrait monter en puissance à l’instar des outils vocaux, sans contact ou encore des portes automatiques. «L’employeur devra maîtriser l’occupation des locaux pour limiter les risques de contagion. En lien étroit avec le corps social, des mesures technologiques peuvent être prises: des capteurs peuvent suivre le nombre de personnes dans une pièce, localiser le lieu où se trouvent les gens en temps réel, identifier des bruits «alerte» (toux, éternuements par exemple). Les bâtiments devront également être repensés pour mieux prendre en compte le respect de la santé», détaille Rémi Calvayrac. Bref l’immobilier d’entreprise va devoir une nouvelle fois se réinventer mais cette fois-ci à marche forcée.

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